Comfort food avec Keith Richard
Lundi 17 septembre 2012

J’ai enfin fini Life de Kieth Richard ! 742 pages plus loin, j’ai passé mon week-end à le conseiller à tous les gens que je croisais à grand renfort d’arguments du type ‘l’écriture lui ressemble, t’es direct plongé dedans et t’arrives pas à le lâcher’, ‘les chansons et riffs des Rolling Stones sont tous expliqués et décortiqués et tu les écouteras autrement’, ‘son rapport avec les drogues dures est vraiment intelligemment analysé, sans langue de bois ni rien’ et en désespoir de cause ‘non mais lis-le, y a une super recette de saucisse-purée’. Et c’est cet argument qui a le plus souvent fait mouche. Je pense changer d’amis. (oui Gisèle Price c’est toi que je vise)

Dimanche, j’ai donc traîné Rémedios au marché pour (boire du vin à jeun) acheter de la vraie bonne saucisse de Toulouse, des patates et des oignons, et je l’ai ensuite enfermé dans la cuisine. (c’est une recette de mec ça)(de mec qui boit du Jack Daniels) Le résultat a été parfait, de la vraie bonne comfort food comme tu as envie d’en manger chaque dimanche midi pour te remettre du week-end et prendre un peu de courage avant de rempiler sur une grosse semaine.

Je me retiens de faire des jeux de mots entre Satisfaction et le plaisir que j’ai eu à manger cette saucisse-purée (imaginez par vous-même) alors je vais plutôt vous mettre un extrait du dernier chapitre de Life et la fameuse recette…

Quand je suis à la maison, je me fais la cuisine : des saucisses avec de la purée, le plus souvent. Vous trouverez la recette un peu plus loin. La purée peut varier un peu, mais pas beaucoup. Parfois, c’est un autre classique de la bouffe anglaise. J’ai des habitudes alimentaires assez bizarres, à des heures impossibles et en solitaire ; ça me vient des horaires des repas sur la route, lesquels n’ont rien à voir avec ceux du commun des mortels. Je mange quand j’en ai envie, ce qui est pratiquement exclu dans notre culture. On ne bouffe pas avant de monter sur scène, et quand c’est fini il faut au moins une heure ou deux avant que l’adrénaline retombe, ce qui te fait dîner vers trois heures du mat.

Il faut se nourrir quand on a faim. Depuis la petite enfance, on est programmé pour faire trois repas par jour, une conception de l’alimentation qui découle directement de la révolution industrielle, du rythme de la vie prolétaire. Avant ça n’avait jamais été comme ça. On grignotait quelque chose toutes les heures, à peu près, mais quand ils se sont mis en tête de tout contrôler, c’est devenu : « OK, déjeuner à midi ! » C’est tout le principe de l’école : on n’y va pas pour apprendre l’histoire-géo ou les maths mais pour être prêt à bosser à l’usine. La sirène sonne, à la graille ! Et dans les bureaux, ou même si tu es un futur Premier ministre, c’est pareil. Pourtant c’est très mauvais pour la santé de s’empiffer comme ça d’un seul coup : il vaut mieux une bouchée par-ci, une autre par-là, un petit casse-graine à toute heure. Le corps humain assimile ça bien mieux que si tu avales un tas de bouffe en quarante minutes.

Moi qui ai cuisiné des saucisses toute ma vie, je n’ai appris que très récemment, grâce à une dame à la télé, que la poêle doit être froide. Pas préchauffée. Le choc thermique fait bondir les saucisses dans la poêle, c’est pour ça que les Anglais les appellent des « bangers » – elles font « bang ». Donc, il faut commencer à feu doux, dans une poêle froide, se servir un verre et attendre. De cette manière, elles ne racornissent pas, elles dorent sans se vider. C’est une question de patience. La cuisine est un apprentissage de la patience. Quand j’ai préparé « Goat’s Head Soup », ma fameuse soupe de tête de chèvre, j’y suis allé tout doucement aussi.

Voici donc ma recette des saucisses-purée :

1. Pour commencer, trouvez une boucher qui ait des saucisses fraîches.
2. Faites frire des oignons avec du bacon, salez et poivrez.
3. Mettez les patates à bouillir avec un tarit de vinaigre dans l’eau, de l’oignon haché et du sel à convenances. Rajoutez des petits pois, et aussi des carottes coupées, si ça vous dit.
4. Passons maintenant aux choses sérieuses : vous avez le choix entre griller vos saucisses, les frire ou les saisir au four. Si vous optez pour la friture, rajoutez-les aux oignons et au bacon, à petit feu, ou mettez-les dans une poêle non chauffée, comme dit la dame de la télé, mélangez les oignons et le bacon après un moment et laissez-les cuire peinards, en les tournant toutes les cinq minutes.
5. Ecrasez les patates et tout ce que vous y avez ajouté.
6. A ce stade, les saucisses ont perdu – autant que possible ! – leur graisse.
7. Récupérez le gras et faites-en une sauce, si désiré.
8. Sauce HP obligatoire, en quantité à définir par chacun
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5 Commentaires
Ahvioletta
le 17.09.12 à 18:21

mais OUIIIII excellente bio de Keith qui t’explique qu’il faut seulement consommer héro ou cocaïne pure ne pas crever d’une banale overdose…oui j’ai kiffé ce livre et encore davantage cette fabuleuse recette de saucisses-purée!!
bises à Johnny et Remedios

le 17.09.12 à 18:57

Le manuel parfait du petit chimiste aussi quand il est en France et qu’il fait son propre labo dans la salle de bain ahahah

le 18.09.12 à 20:24

Non seulement ta recette de saucisse-purée a le don de me faire saliver alors même que je viens de m’engloutir une pizza (regrettée aussitôt face à cette concurrence déloyale), mais en plus j’ai appris un truc (le pourquoi de l’appellation « bangers » – ignare anglophone que je suis) et tes pensées sur le mode systématique de remplissage de panse occidental (poussé à son paradigme chez les Frenchies avec le sacro-saint entrée(s)-plat(s)-fromage(s)-dessert(s)) me laisse songeuse, et grâce à toi je me rappelle un joli souvenir de voyage en Indonésie où un monsieur m’avait bien renvoyé mes idées préconçues dans la face en m’exprimant son étonnement face aux modes de consommation étrangers… »nous on mange quand on a faim, et puis c’est tout! » m’avait-il rétorqué avec un petit sourire moqueur. Bref cette phrase est beaucoup trop longue mais fallait pas nous balancer des trucs si appétissants comme ça, moi ça m’inspire!

le 19.09.12 à 05:55

Par contre cette penée n’est pas de moi, c’est un extrait du Life et KEith Richard ! Mais je suis plutôt d’accord, on a tendance à manger trop par habitude « tu veux un dessert ? » « bon j’ai plus faim du tout mais oui allez ». Mais c’est une mécanique bien huilée qui est dure à changer, surtout quand on a un boulot (tu bosses de 9h à 12h, tu as forcément faim à 12h, idem pour le 14h 19h qui se termine avec l’estomac qui hurle). C’est plus facile de manger quand tu veux quand tu fais les horaires de vie et de sommeil que tu veux j’imagine…

le 19.09.12 à 12:19

(et sinon la sauce bbq Jack Daniel’s elle est juste trop bonne)

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